Israël tue la journaliste palestinienne Mariam Abu Daqqa, mère de famille

La rédaction avec
15:4829/08/2025, Cuma
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Une femme pleure devant le corps du journaliste Ahmed Mansur au complexe médical Nasser à Khan Yunis, dans le sud de la bande de Gaza, le 8 avril 2025.
Une femme pleure devant le corps du journaliste Ahmed Mansur au complexe médical Nasser à Khan Yunis, dans le sud de la bande de Gaza, le 8 avril 2025.

Une vie marquée par le sacrificeLa vie de Mariam Abu Daqqa était tout sauf ordinaire. Elle était faite de sacrifices remarquables. Pour sauver son père atteint d’une insuffisance rénale, elle lui a donné un rein. Et pour protéger son fils unique de l'offensive israélienne qui ravage la bande de Gaza depuis 23 mois, elle l’a envoyé en sécurité à l’étranger.

Mariam, journaliste palestinienne, a été tuée le 25 août par une frappe israélienne, alors qu'elle couvrait des événements à l’intérieur de l’hôpital Nasser à Khan Younès. Quatre autres journalistes ont péri ce jour-là, ainsi que 22 Palestiniens au total, selon le ministère de la Santé de Gaza.


Le sacrifice d’une fille


Désormais réfugiée dans une tente après la destruction de leur maison, la famille Abu Daqqa tente de surmonter l’insupportable. Le père de Mariam, Riyad, raconte avec émotion comment sa fille, à son insu, avait passé les tests médicaux nécessaires pour lui faire don de son rein.


"Ma fille Mariam ne pensait jamais à elle-même, elle pensait toujours aux autres"
, dit-il, les larmes aux yeux.
"Quand j’étais malade, elle m’a annoncé qu’elle avait déjà fait les examens et qu’elle allait me donner son rein. J’ai refusé au départ, mais elle a insisté: “Ta vie est plus importante que la mienne.” Elle m’a sauvé la vie et m’a offert le plus beau des cadeaux."

Il ajoute:
"Aujourd’hui, une partie d’elle vit en moi. Elle est toujours là, dans mon cœur et dans mon corps."

Une passion pour le journalisme, une dévotion à sa famille


Malgré les avertissements sur les dangers de sa profession, Mariam a suivi sa vocation de journaliste. Elle s’est mariée et a eu un fils, Ghaith, qu’elle adorait et qu’elle a fini par envoyer à Abou Dhabi pour le protéger et lui assurer un avenir plus sûr.


Sa sœur, Nada, la décrit comme une femme douce, aimée de tous et profondément engagée dans son travail. Elle se souvient du moment où Mariam s’était rendue à l’hôpital Nasser pour filmer les conséquences d’un premier bombardement.


"Elle souriait, elle faisait signe de la main… puis la deuxième frappe est arrivée. Et elle a disparu."
C’est en reconnaissant ses chaussures blanches que Nada a pu l’identifier. Le souffle de l’explosion avait effacé ses traits.

"Elle m’a laissé son appareil photo et son téléphone. Ils portent encore son parfum"
, confie-t-elle.
"Mariam aspirait au martyre. Aujourd’hui, elle repose en martyre."

La presse prise pour cible


Depuis le 7 octobre 2023, Israël a tué 246 journalistes dans la bande de Gaza, selon le Bureau des médias du gouvernement local. La frappe sur l’hôpital Nasser est la deuxième attaque de masse contre la presse en moins d’un mois, après la mort de six reporters, dont cinq d’Al Jazeera, le 10 août.


Israël a reconnu avoir frappé l’hôpital, tout en annonçant une enquête, comme souvent. Les ONG de défense des droits humains soulignent cependant que ces enquêtes aboutissent rarement à des responsabilités concrètes.


Le bureau du Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu a exprimé ses « profonds regrets » concernant les morts, tout en continuant à justifier l’opération militaire contre Gaza.


Depuis octobre 2023, au moins 63 000 Palestiniens ont été tués dans l’enclave. L’offensive militaire a plongé Gaza dans une crise humanitaire majeure, proche de la famine. En novembre dernier, la Cour pénale internationale (CPI) a émis des mandats d’arrêt contre Benjamin Netanyahu et l’ancien ministre de la Défense Yoav Gallant pour crimes de guerre et crimes contre l’humanité à Gaza. Israël est également poursuivi devant la Cour internationale de Justice (CIJ) pour génocide.


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