Budget 2026: les universités sous contrainte financière, des effets concrets sur la vie étudiante

La rédaction avec
14:3724/01/2026, samedi
MAJ: 24/01/2026, samedi
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Le ministre français de l'Économie et des Finances, Roland Lescure, prononce un discours lors du débat sur le projet de loi de finances pour l'année 2026 à l'Assemblée nationale, la chambre basse du Parlement français, à Paris, le 13 janvier 2026.
Crédit Photo : Ludovic MARIN / AFP
Le ministre français de l'Économie et des Finances, Roland Lescure, prononce un discours lors du débat sur le projet de loi de finances pour l'année 2026 à l'Assemblée nationale, la chambre basse du Parlement français, à Paris, le 13 janvier 2026.

La crise budgétaire engendrée par le budget 2026 accentue la fragilisation du système universitaire français. Sous pression financière durable, les établissements multiplient les arbitrages pour préserver leur équilibre, au prix d’une réduction de leurs capacités d’adaptation, y compris face à des situations exceptionnelles. Dernier exemple en date, Le Mans Université anticipe un déficit budgétaire de près de 3 millions d’euros en 2026, illustrant l’ampleur d’une crise qui touche désormais l’ensemble du secteur de l’enseignement supérieur.

Une dégradation financière structurelle

Le cas de Le Mans Université s’inscrit dans un mouvement national plus large. En pleine discussion budgétaire pour 2026, la situation financière des universités françaises apparaît fortement dégradée. Selon des estimations concordantes issues du secteur, près de 60 universités sur 70 anticipent un budget en déficit. Pour la première fois, la quasi-totalité des établissements ont voté un budget prévisionnel négatif, conséquence d’une hausse limitée des crédits publics, équivalant à une baisse en euros constants.

Le budget 2026 prolonge des restrictions engagées lors des exercices précédents. La mission interministérielle « Recherche et enseignement supérieur » (MIRES) voit ses marges se contracter, tandis que les universités doivent absorber des charges salariales et réglementaires décidées par l’État sans compensation intégrale. Selon les représentants des établissements, ces dépenses non financées dépassent 500 millions d’euros, auxquelles s’ajoutent environ 360 millions d’euros reconduits depuis 2025.

Dans le même temps, la dépense annuelle par étudiant demeure proche de 13 000 euros, soit près de 1 000 euros de moins qu’il y a dix ans, alors que le nombre d’inscrits à l’université a augmenté de plus de 200 000 en une décennie. Ce décrochage alimente une tension croissante sur les moyens pédagogiques, administratifs et immobiliers.

Une bascule budgétaire défavorable, surtout pour les universités de taille moyenne

Depuis une quinzaine d’années, un basculement silencieux s’opère dans le financement de l’enseignement supérieur. La subvention pour charge de service public (SCSP), destinée à couvrir le fonctionnement courant, stagne en euros constants, tandis que les dépenses incompressibles augmentent fortement : hausse mécanique des pensions (CAS), mise en place de la protection sociale complémentaire (PSC), renchérissement de l’énergie et effets de l’inflation.

Dans la majorité des établissements, la masse salariale dépasse désormais 80 % du budget, réduisant fortement les marges disponibles pour l’entretien des bâtiments, le renouvellement des équipements ou le lancement de nouveaux projets. Si les grandes universités parviennent encore à amortir partiellement ces chocs, les petites et moyennes universités, moins dotées en financements de recherche ou en ressources propres, apparaissent particulièrement exposées.

Une variation du prix de l’énergie, une hausse du glissement vieillesse-technicité (GVT) ou le retard d’un financement suffisent parfois à faire basculer l’équilibre budgétaire. Selon France Universités, 54 universités sur 75 se trouvent aujourd’hui en déficit, une situation qualifiée d’inédite. À Bordeaux, l’un des plus grands campus français, 20 millions d’euros manquent au budget, faisant craindre la fermeture de certaines antennes locales.

"On sait qu’inéluctablement, toutes les universités seront en déficit",
a résumé le président de France Universités, Lamri Adoui, estimant que les nouvelles charges représentent l’équivalent de 7 000 à 8 000 emplois non financés à l’échelle nationale. Sollicités, les établissements concernés n’avaient pas réagi officiellement dans l’immédiat.

Arbitrages budgétaires et recul des capacités

Face à l’érosion de leurs marges de manœuvre, les universités multiplient les arbitrages. Gels ou suppressions de postes, recours accru à des enseignants vacataires, réduction des crédits consacrés à la vie étudiante et resserrement des capacités d’accueil figurent parmi les leviers les plus fréquemment évoqués.

À l’Université Paris-I Panthéon-Sorbonne, le conseil d’administration a voté en décembre une hausse ciblée des frais d’inscription pour une partie des étudiants extracommunautaires. Cette mesure doit générer environ 4,5 millions d’euros, dont 3 millions liés aux droits différenciés. Les étudiants concernés devront s’acquitter de 2 895 euros en licence et 3 941 euros en master, contre respectivement 178 et 254 euros auparavant.

À Rouen, plus de 600 suppressions de places en licence sont envisagées à partir de 2026, selon des sources syndicales, tandis qu’à Lille, un déficit estimé à 45 millions d’euros pourrait conduire à la suppression de 381 places dès la rentrée prochaine.

Autonomie universitaire sous contrainte financière

Dans ce contexte, le principe d’autonomie des universités apparaît de plus en plus contraint par les réalités budgétaires. Plusieurs responsables estiment que la capacité des établissements à réagir collectivement à des événements imprévus s’en trouve fortement réduite, faute de réserves financières ou de personnel mobilisable.

C’est dans ce cadre qu’ont émergé, début janvier, des difficultés lors de la tenue des examens en Île-de-France. Des épisodes successifs de neige puis de tempête ont durablement perturbé les transports, tandis que des partiels étaient maintenus dans plusieurs établissements, notamment sur le campus de Clignancourt de Sorbonne Paris IV.

Selon des témoignages écrits et des échanges internes consultés par Anadolu, des étudiants n’ont pas pu rejoindre leurs centres d’examen malgré plusieurs tentatives.
"J’ai pu assister à mon partiel uniquement grâce à l’aide d’un proche qui m’a déposée très tôt dans une gare éloignée de mon domicile",
rapporte une étudiante C.I, précisant que d’autres ont manqué leur épreuve faute de solution de déplacement.

Une réponse administrative transmise le 6 janvier rappelle que toute absence à un examen entraîne la note de zéro pour l’épreuve concernée ainsi qu’une pénalisation du contrôle continu, avec un report possible vers les oraux de rattrapage de fin juin. Des aménagements ponctuels ont été laissés à l’initiative des enseignants, au cas par cas.

Les étudiants expriment également des inquiétudes spécifiques pour les boursiers, évoquant un risque d’interruption du versement des aides ou de demande de remboursement du Crous en cas d’échec au semestre, pour une situation qualifiée
"d’exceptionnelle"
et indépendante de leur volonté.

Une crise aux effets durables

Pour les représentants universitaires et syndicaux, ces situations traduisent les effets concrets d’une crise structurelle de financement, appelée à s’étendre. La contraction des marges financières limite non seulement l’organisation pédagogique et la tenue des examens, mais aussi l’accompagnement social des étudiants, notamment les plus précaires, dans un contexte marqué par une baisse d’environ 1,5 % des bourses sur critères sociaux.

Le ministère de l’Enseignement supérieur a annoncé l’organisation, en janvier, d’assises sur le financement des universités, sans qu’une enveloppe budgétaire supplémentaire ne soit, à ce stade, prévue à l’issue de cette concertation, laissant ouverte la question de la soutenabilité du modèle universitaire français à moyen terme.

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