Les géants de l'IA à la conquête des étudiants

11:225/01/2026, lundi
AFP
ChatGPT, Gemini et d’autres outils d’IA multiplient les offres pour les étudiants et universités, entre aide aux études, dépendance et enjeux liés aux données.
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ChatGPT, Gemini et d’autres outils d’IA multiplient les offres pour les étudiants et universités, entre aide aux études, dépendance et enjeux liés aux données.

Aide aux révisions, abonnements pour les universités: les géants de l’intelligence artificielle (IA) multiplient les offres afin de fidéliser très tôt ces jeunes utilisateurs, tout en accédant à de précieuses données.

"Maintenant, plutôt que d’envoyer des mails aux profs pour leur demander des détails sur le cours, j’utilise l’IA"
, explique Alexis (qui n’a pas souhaité donner son nom de famille), en master de finances à l’IE Business School, à Madrid.

Pour réviser, c’est simple: il envoie le cours, page par page, à ChatGPT, en utilisant le mode
"Etudier et apprendre"
, déployé en juillet par le modèle d’OpenAI.
"Il va commencer par m’expliquer, puis me poser des questions sur la page et sur le cours de manière générale pour voir si j’ai bien compris"
, détaille l’étudiant.

Ce mode – dont Gemini, l’IA de Google, intègre une version similaire – est, selon OpenAI, conçu pour aider les étudiants à trouver la solution par eux-mêmes plutôt que de leur fournir une réponse toute faite.

Mais
"c’est une étiquette marketing"
, tranche Jill-Jênn Vie, chercheur à l’Institut national de recherche en sciences et technologies du numérique (INRIA).
"C’est comme si on parlait classiquement à ChatGPT, mais avec une instruction supplémentaire consistant à ne pas donner immédiatement la réponse et à guider l’utilisateur de façon socratique."

"L’école nous incite à utiliser l’IA. Tous les profs nous en parlent et nous disent qu’il faut apprendre à l’utiliser parce que, dans le monde du travail plus tard, et notamment dans la finance, c’est indispensable"
, confie Alexis.

En France, Gemini a mené une campagne offrant aux étudiants un an d’abonnement gratuit à Google AI Pro, un forfait qui coûte en principe 21,99 euros par mois.

Rendre dépendants


Les universités se voient également proposer des abonnements groupés pour le personnel et les étudiants.


"Le marché universitaire est très juteux, surtout en Europe. Les entreprises l’ont pénétré et le capturent progressivement"
, affirme Antonio Casilli, professeur à l’Institut polytechnique de Paris et spécialiste des plateformes numériques.

Le tarif, négocié avec chaque établissement, est estimé entre 5 et 25 euros par mois et par étudiant. En France, l’ESCP, école de commerce parisienne, a par exemple souscrit en octobre 2024 à l’offre ChatGPT Edu.

Selon Antonio Casilli, l’objectif est double: rendre dépendants les jeunes utilisateurs et enclencher très tôt une collecte de données susceptible de durer des années.


OpenAI affirme sur son site internet qu’
"aucune donnée ou conversation"
issue des comptes universitaires n’est utilisée pour entraîner ses modèles. Mais, selon le chercheur, l’outil peut néanmoins
"déterminer les goûts culturels, les croyances religieuses, les préférences sexuelles"
ou encore les relations sociales entre utilisateurs.

"Par exemple, deux personnes de la même université, au même endroit, qui demandent au même moment des suggestions de films à regarder, peuvent être considérées comme des amis"
, résume-t-il.

Sollicités par la presse, OpenAI et Google n’ont pas immédiatement répondu.


Si Alexis affirme rester vigilant et ne pas partager d’informations personnelles sur son compte universitaire, il admet une forme de dépendance: sans cet outil,
"je prendrais juste beaucoup plus de temps pour étudier"
.

Avant les études supérieures


Selon un baromètre Ifop/Talan publié en avril dernier, 85% des 18-24 ans déclarent utiliser l’IA générative au quotidien, contre 68% en 2024.

Un usage qui débute souvent bien avant les études supérieures.


Les élèves
"ont envie de réussir, mais seuls à la maison, les difficultés qu’ils rencontrent peuvent parfois leur faire baisser les bras. L’IA peut les aider à surmonter les blocages"
, estime Adeline André, inspectrice pédagogique (IA-IPR) et pilote d’un groupe de travail "IA et Education".

L’IA,
"si elle est bien réglée, est un tuteur disponible qui répond précisément aux questions"
, même si cet usage doit s’accompagner d’un apprentissage des bonnes pratiques, souligne-t-elle.

À terme, l’IA pourrait également permettre de personnaliser les contenus pédagogiques afin de capter davantage l’attention des élèves. Jill-Jênn Vie évoque par exemple des manuels scolaires
"sur mesure et dopés à l’IA"
.
"Si un élève est fan de basket, ses exercices de maths pourraient être thématisés"
, explique-t-il.

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