France : hôpitaux en grève, soignants et syndicats tirent la sonnette d’alarme face aux urgences saturées

La rédaction avec
17:5916/02/2026, Pazartesi
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Les revendications portent sur des renforts en personnel et une amélioration des conditions de prise en charge, dans un contexte de saturation chronique des urgences.
Crédit Photo : @actufr_lyon / X
Les revendications portent sur des renforts en personnel et une amélioration des conditions de prise en charge, dans un contexte de saturation chronique des urgences.

Le personnel soignant des urgences de plusieurs hôpitaux français se mobilise pour alerter sur des conditions jugées critiques et des manques d’effectifs préoccupants.

À l'hôpital Lyon Sud, les agents des urgences sont en grève depuis le mercredi 11 février, réclamant des renforts face à un afflux massif de patients.

Selon Le Progrès, certains patients ont été refusés aux urgences samedi :
"Nous avons dû leur demander d’aller dans d’autres hôpitaux après avoir diminué les entrées aux urgences"
, indique un infirmier sous couvert d’anonymat.
Le service fonctionne en effectif réduit,
"il manquait quatre infirmiers et un aide-soignant"
, ce qui a poussé la direction à lancer des procédures d’assignation. Les soignants relatent des nuits particulièrement éprouvantes : certains collègues ont dû attendre sur place qu’un taxi leur remette leur assignation en main propre.
"Ce matin il n’y avait que deux infirmiers pour un service de 15 heures, ils ont dû diminuer les entrées des urgences pour assurer la sécurité"
, souligne un infirmier.
Cette situation, inédite selon le personnel, révèle des lacunes organisationnelles, notamment dans la gestion des assignations des grévistes. Toutefois, les assignations ont été régularisées pour le week-end, et la direction espère anticiper les prochains jours.

Angers : une mobilisation qui ne faiblit pas

Au CHU d’Angers, la grève des urgences, lancée le 19 janvier 2026, se poursuit. Selon Ouest France, les syndicats ont prévu cette semaine une rencontre avec Christophe Béchu, le maire d’Angers, ainsi qu’un appel à la mobilisation.

Plus de cent grévistes ont adressé une lettre ouverte au maire et président du conseil de surveillance, dénonçant des patients contraints d’attendre parfois plus de dix jours dans les couloirs.
"Des patients dorment dans des conditions indignes"
, alertent les soignants. Les revendications portent sur des renforts en personnel et une amélioration des conditions de prise en charge, dans un contexte de saturation chronique des urgences.

Chartres : tensions et manque de personnel

À l'hôpital de Chartres, les syndicats FO et CGT ont déclenché un mouvement de grève illimitée dans le service des urgences depuis le jeudi 12 février. Selon L’Écho Républicain, le préavis de grève déposé le 6 février n’a pas été levé.

Corinne Legeay, secrétaire générale du syndicat FO des hospitaliers de Chartres, souligne que les effectifs paramédicaux ne suffisent plus à gérer le flux de patients, notamment dans une population vieillissante.
"Les gens attendent des heures sur des brancards dans les couloirs"
, précise-t-elle. Les syndicats dénoncent également l’épuisement généralisé du personnel, le manque de lits et des conditions d’accueil jugées indignes.

La direction de l’hôpital assure poursuivre le dialogue et indique que le service des urgences continue à fonctionner normalement malgré le mouvement social.

Corse et Dijon : des situations critiques

À l'hôpital d’Ajaccio, les urgences connaissent une saturation chronique. Selon Corse-Matin, 34 patients étaient présents mardi matin, dont plusieurs personnes âgées restant plusieurs jours sur des brancards. Le personnel dénonce une
"certaine forme de maltraitance"
malgré leur engagement, notamment pour des patients sans solution d’hospitalisation.

Au CHU de Dijon, les urgences ont enregistré début février des délais d’attente pouvant atteindre 35 heures, principalement en raison d’un manque de lits d’aval. Selon Le Bien Public, la situation s’est aggravée depuis janvier, provoquant un engorgement persistant.

Revendications communes et perspectives

À Lyon, les urgences de l’Hôpital Édouard-Herriot ont été touchées par un mouvement similaire. À l’appel des syndicats CGT et FO, le personnel réclame la création de binômes infirmier/aide-soignant supplémentaires, l’ouverture de postes d’agents et de brancardiers, un renforcement de la sécurité et une supervision médicale 24h/24.

Les syndicats demandent aussi la réouverture de lits d’aval pour désengorger les services, dont la capacité annuelle avoisine les 40 000 passages.

Selon Le Progrès, les syndicats alertent sur la menace que représente la situation pour la qualité et la sécurité des soins. Ces mouvements s’inscrivent dans un contexte plus large de tensions dans la médecine de ville, où la grève de janvier a entraîné des fermetures de cabinets et une baisse d’activité mesurée par l’Assurance maladie jusqu’à –19 % pour les généralistes et –12 % pour les spécialistes, selon aducee.net.

Ce mouvement s’inscrit dans un contexte plus large de tensions dans la médecine de ville, où les grèves débutées le 5 janvier ont affecté l’accès aux soins, avec des fermetures de cabinets et une participation significative des professionnels.

La position du ministère de la Santé face à la grève des médecins

Depuis la reprise des grèves dans les hôpitaux français, la ministre de la Santé, Stéphanie Rist, ne s’est pas encore exprimée publiquement sur le sujet.

Pour rappel, le mouvement des médecins libéraux avait débuté le 5 janvier et s’était étendu sur dix jours, perturbant le système de santé sans toutefois le paralyser. À l’issue de cette mobilisation, les syndicats avaient décidé de
"suspendre"
la grève, après avoir obtenu du gouvernement des engagements clairs : le retrait de plusieurs mesures contestées et la promesse de rouvrir les discussions.
Le 16 janvier, en pleine contestation, Stéphanie Rist avait annoncé l’abandon d’un encadrement plus strict des arrêts maladie. Interrogée sur France Inter, la ministre avait assuré qu’il ne s’agissait
"pas d’un recul, mais d’une écoute des médecins"
, précisant qu’un amendement de suppression serait déposé lors de l’examen du projet de loi à l’Assemblée nationale.
Cette décision faisait suite à des échanges avec les représentants des médecins libéraux, notamment autour de la procédure dite de
"mise sous objectifs"
(MSO) des arrêts maladie.

Le ministère avait alors indiqué vouloir accompagner le débat parlementaire par un amendement supprimant la mesure modifiant cette procédure. Une mission devait également être lancée afin d’établir un diagnostic et de formuler des propositions d’amélioration, en particulier sur la transparence et la communication.

Par ailleurs, le gouvernement avait annoncé la suppression de dispositions permettant des baisses unilatérales des tarifs médicaux dans le cadre du projet de loi de financement de la Sécurité sociale pour 2026.

Il s’était également engagé à concrétiser la mise en place d’un guichet d’aide et d’information à l’installation des médecins, prévu depuis 2023 mais resté lettre morte.

L’ensemble de ces annonces visait à répondre aux principales revendications des syndicats et à apaiser les tensions persistantes dans le secteur libéral.


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