
Il existe bien sûr des ennemis qui aiguisent leurs dents contre cet État, mais, dans le jeu des équilibres internationaux, tout le monde reconnaît l’Empire ottoman et le compte parmi les plus grands pays de son époque. Même si nous ne sommes pas dans les trois premiers, nous sommes assurément dans les cinq premiers. Dans un tel contexte, le fait que des officiers ottomans se soient obsédés par la question "Comment sauver ce pays?" est peut-être, au fond, la menace la plus grave qui rongeait l’État de l’intérieur.
Aujourd’hui, rapportons deux récits importants provenant de deux autres sources majeures sur cette atmosphère.
"Selon ce que nous avons entendu de chacun séparément, Atatürk, dès sa jeunesse, s’est laissé gagner par l’angoisse du salut de la turcité de la Türkiye. Où qu’il rencontre quelqu’un, même à table, même dans les lieux de divertissement, il n’avait qu’un seul sujet: la cause du "Comment nous sauver?". Je l’avais entendu de Cebesoy. Un soir, Fethi Okyar, Mustafa Kemal et lui étaient allés à un cabaret à Salonique. À ce moment-là, en Grèce, Venizelos était monté dans la montagne pour la Crète. Et, dans les montagnes d’Iran, un autre héros de la liberté avait levé l’étendard de la révolte.
Mustafa Kemal ne lâche pas le sujet. Il est constamment dessus. Fethi, étouffé, veut changer d’endroit, et ils vont dans un autre lieu de divertissement. Mustafa Kemal ne voit même pas son entourage, son sujet reste le même. Cette fois, Fethi emmène Mustafa Kemal dans un endroit avec des femmes, et pendant que lui s’abandonne au divertissement avec celle qui lui plaît, Mustafa Kemal, avec Cebesoy, discute encore, que Venizelos, que je ne sais quel Khan, toujours le même sujet! Le matin arrive, Fethi rentre chez lui. Mustafa Kemal reconduit son ami chez lui. Sa mère ne dort pas avant qu’il ne soit rentré et n’ait pris son petit-déjeuner. Les deux amis n’ont pas le temps de dormir: ils vont se raser et partir à leur service. Cebesoy se plaint auprès de la mère:
"Ton fils s’est accroché à un sujet, il ne le lâche pas. Fethi voulait se lever, au moins pour s’amuser un peu…"
"C’est un homme sensé, Fethi."
"On est partis, et ton fils était encore sur ce sujet. Fethi nous a fait sortir de là…"
"C’est un homme sensé, Fethi…"
Jusqu’à ses derniers jours, toutes les réunions entre amis d’Atatürk se sont passées ainsi. C’étaient des réunions de discussion sérieuses, parfois entrecoupées de quelques divertissements.
De ces récits du passé, nous comprenons qu’Atatürk n’était pas un impérialiste ottoman. Dans les publications parisiennes des constitutionnalistes de 1908, on promettait qu’une fois le régime de despotisme renversé, nous retrouverions les anciennes terres perdues. Atatürk, depuis ses débuts comme officier, était un excellent soldat. Il était un réaliste fondé sur le calcul des rapports de force. Un soir, dans l’un des cabarets de Salonique, le sujet revient:
Nous voulons tous la chute du despotisme du sultan Hamid. Mais aucun de nous ne dit ce que nous ferons si ce régime tombe et que le pouvoir nous revient.
Chacun, à tour de rôle, expose ses idées. Quand vient le tour de Mustafa Kemal, il dit:
S’il n’avait pas eu des amis forts et robustes comme Cebesoy, il aurait même pu subir les attaques de ceux qui étaient à table. Abandonner la Bosnie-Herzégovine et la Crète! Abandonner la Syrie, la Palestine et le Hedjaz!
Pour les constitutionnalistes de 1908, nous devions reprendre la Bosnie-Herzégovine à l’Autriche-Hongrie et l’Égypte à l’Angleterre. Ce Mustafa Kemal de cette nuit-là était le Mustafa Kemal du Misak national dix ans plus tard."
À cette époque, la Bosnie-Herzégovine, la Crète, la Syrie, la Palestine et le Hedjaz sont des terres de la patrie, et personne n’est encore venu frapper à la porte de l’Empire ottoman pour parler de les prendre. Et pourtant, parmi les officiers ottomans, au nom du sauvetage et de la grandeur de l’État, comment l’idée de les laisser à ceux qui les veulent a-t-elle pu naître et trouver des partisans?
Ce projet, qui n’aurait pas servi l’Empire ottoman, mais aurait au contraire précipité sa chute, à qui aurait-il profité? Ou de qui pouvait-il être le projet? Nous poursuivrons cette question à travers d’autres récits.
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