Le problème “Israël” des Juifs américains…

11:5030/11/2025, Pazar
Abdullah Muradoğlu

Aux États-Unis, le soutien inconditionnel des deux partis envers Israël commence à être sérieusement remis en question parmi les jeunes électeurs démocrates comme républicains, ce qui semble acculer les responsables politiques pro-Israël. Parallèlement, les jeunes Juifs s’éloignent eux aussi d’Israël. C’est pourquoi les partisans de la ligne "Israël d’abord" reconnaissent désormais que l’érosion du soutien à Israël est un véritable "problème générationnel". Le principal sujet du "Congrès général

Aux États-Unis, le soutien inconditionnel des deux partis envers Israël commence à être sérieusement remis en question parmi les jeunes électeurs démocrates comme républicains, ce qui semble acculer les responsables politiques pro-Israël. Parallèlement, les jeunes Juifs s’éloignent eux aussi d’Israël. C’est pourquoi les partisans de la ligne "Israël d’abord" reconnaissent désormais que l’érosion du soutien à Israël est un véritable "problème générationnel".


Le principal sujet du "Congrès général des Fédérations juives d’Amérique du Nord" (JFNA), qui s’est tenu ce mois-ci à Washington, était précisément l’évolution défavorable à Israël au sein des deux ailes du système politique américain. D’après les informations relayées par la presse américaine, près de 2000 représentants issus d’environ 150 organisations juives des États-Unis et du Canada y ont participé. Les sessions de ce congrès étaient largement centrées sur une question : "Pourquoi la jeune génération américaine se détourne-t-elle d’Israël ?"


Un autre détail particulièrement remarqué : aucune participation en provenance de l’administration Trump. Plus encore, aucun membre du cabinet Netanyahu n’a fait le déplacement. Netanyahu s’est seulement exprimé via une vidéo. Le journal israélien Haaretz a même indiqué que, pour la première fois, Netanyahu n’avait pas été invité au Congrès de cette année. Selon certains commentateurs, devant la montée des critiques contre Israël dans l’opinion publique américaine, le JFNA a voulu éviter d’apparaître trop associé au gouvernement Netanyahu.


Les analyses convergent : un sentiment grandit selon lequel Netanyahu et son cabinet ont commencé à nuire aux Juifs américains. Un sondage mené en octobre par l’"Institut des politiques du peuple juif" (JPPI) montre d’ailleurs que les relations entre les Juifs américains et Israël se sont encore tendues. Selon les observateurs ayant suivi le Congrès, très peu de participants ont exprimé une quelconque déception liée à l’absence des membres du gouvernement Netanyahu.


Le sénateur républicain chrétien-sioniste Ted Cruz et le sénateur démocrate John Fetterman ont, tous deux, souligné que l’effondrement du soutien des jeunes à Israël constituait un grave danger. Cruz déclarait : "Au cours des six derniers mois, j’ai vu une montée de l’antisémitisme dans la droite comme je n’en avais jamais vu de ma vie." Il ajoutait : "J’espère que les autres républicains se lèveront pour tracer une ligne claire." Pour sa part, accusant "TikTok" d’avoir retourné les jeunes contre Israël, Fetterman reconnaissait le changement de base électorale : "Nous perdons surtout les jeunes."


Rahm Emanuel, ancien maire de Chicago et annoncé comme futur candidat à l’investiture démocrate pour l’élection présidentielle de 2028, affirmait quant à lui que les sentiments anti-israéliens pèseront lourd dans les primaires, au point que certains candidats éviteront même de se rendre en Israël. Il exhortait les participants à affronter les nouvelles dynamiques politiques entourant Israël et à élaborer des arguments plus solides pour l’alliance américano-israélienne.


Rappelant que, chez les moins de 30 ans, le soutien à Israël est au plus bas niveau, Emanuel soulignait : "Ce sont les électeurs de demain, et leur message politique est extrêmement important." Il ajoutait : "Notre mission est de reconstruire sur le long terme un récit cohérent autour des besoins d’Israël. Si nous ne saisissons pas la profondeur du problème, nous ne pourrons jamais le résoudre."


Sarah Hurwitz, ancienne rédactrice de discours et conseillère de Barack Obama, attirait pour sa part l’attention sur les effets contre-productifs de l’enseignement de la Shoah destiné aux jeunes Américains. Elle regrettait que ces derniers ne voient plus de différence entre ce que les nazis ont fait aux Juifs et ce qu’Israël fait subir aux Palestiniens.


Hurwitz rappelait que, jusqu’à récemment, les Américains recevaient les informations sur Israël filtrées par les médias dominants, mais que cette époque touchait à sa fin. Comme d’autres intervenants, elle attribuait la situation à TikTok : "Nous traversons une nouvelle forme de conflit générationnel, et je pense que c’est particulièrement lié au fait que les réseaux sociaux sont désormais notre principale source d’information."


Hurwitz estimait que la relation des Juifs américains à Israël devait à la fois inclure le lien religieux et la fraternité ethnique. Selon elle, percevoir les Juifs israéliens uniquement à travers une identité religieuse risque de se transformer facilement en antisionisme. Sa solution : quoi qu’il arrive, les Juifs américains et israéliens devraient agir avec la conscience d’appartenir à une seule et même nation.


Les travaux du Congrès général du JFNA ont illustré l’effondrement du "récit israélien" en Amérique et à travers le monde. Les sionistes semblent désemparés face à la question de savoir comment restaurer cet ancien récit. Et la volonté de criminaliser toute critique d’Israël en la qualifiant "d’antisémitisme" apparaît comme l’expression de cette impuissance.

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