Nigeria: quand aller à l’école devient un risque de mort

La rédaction
17:5128/11/2025, vendredi
Yeni Şafak

Au nord du Nigeria, les enlèvements d’élèves se multiplient, pris pour cibles par des groupes armés, des factions extrémistes et des réseaux criminels. Un fléau qui menace l’éducation, fragilise les familles et interroge l’avenir du pays.

Une crise sécuritaire qui cible désormais les écoles


Dans le nord du Nigeria, la violence s’invite jusque dans les salles de classe. Dans la communauté de Papiri, des dizaines d’élèves ont été arrachés à leur école lors d’une attaque éclair.


Cet événement survient à peine quatre jours après l’enlèvement de 25 autres enfants dans l’État de Kebbi, révélant une escalade alarmante des violences ciblant les établissements scolaires.


Dans la nation la plus peuplée d’Afrique, ces attaques ne sont plus des incidents isolés. Elles traduisent une tendance structurelle : les écoles sont devenues des cibles faciles, transformées en zones de vulnérabilité où les groupes armés cherchent à étendre leur influence ou financer leurs activités.


Boko Haram, Daesh et les groupes armés: un paysage fragmenté mais meurtrier


Depuis les années 2010, Boko Haram incarne l’une des menaces les plus visibles dans la région. Ce groupe rebelle qui rejette l’éducation occidentale a inscrit dans l’histoire les kidnappings massifs d’écolières, comme celui de Chibok.


Aujourd’hui, ses différentes factions continuent d’évoluer, certaines étant alimentées par un affilié local de Daesh.


Mais le nord-est n’est pas le seul foyer de violence. Dans le nord-ouest, d’autres groupes armés, sans idéologie religieuse, kidnappent pour rançon. Leur objectif est purement financier, mais leur impact n’en est pas moins dévastateur : dans certaines zones, ces groupes causent autant de morts que Boko Haram lui-même.


Des assaillants armés, souvent à moto et parfois déguisés en soldats, pénètrent dans les écoles, enlèvent les élèves et disparaissent dans des zones où l’État peine à maintenir le contrôle.


Une crise humanitaire doublée d’un malaise diplomatique


À la détresse des familles s’ajoute désormais une dimension politique et diplomatique. Donald Trump, réagissant aux attaques, a affirmé que les chrétiens étaient spécifiquement ciblés, tout en évoquant une possible intention militaire.


Or, la réalité est plus complexe : dans l’État de Kebbi cette semaine, les victimes comptent aussi bien des chrétiens que des musulmans.


Les groupes armés frappent sans distinction, guidés par le profit ou la volonté de déstabiliser les institutions.


Ces lectures politiques extérieures aggravent le climat de confusion, détournant parfois l’attention des véritables causes : la faiblesse de l’appareil sécuritaire, l’étendue des zones non contrôlées et la capacité des groupes criminels à se réorganiser.


Un État sous pression: entre opérations militaires et réformes de sécurité


Le président Bola Tinubu a récemment procédé à un remaniement de l’état-major de sécurité nationale, face à l’échec des stratégies précédentes.


Malgré les opérations militaires, les groupes armés conservent une grande mobilité, utilisant des motos pour se déplacer rapidement dans des territoires difficiles d’accès.


Les routes sont minées, les villages encerclés, et les écoles deviennent des points d’entrée symboliques pour semer la peur.


Kaduna, Zamfara, Katsina : les chiffres s’accumulent, révélant des centaines d’enfants enlevés ces dernières années. Certains sont libérés après paiement de rançon, d’autres traumatisés à vie, d’autres toujours portés disparus.


Quel avenir pour une jeunesse qui a peur d’aller à l’école ?


L’éducation, au cœur du développement du Nigeria, se retrouve paralysée dans plusieurs régions du pays.


Les parents hésitent à envoyer leurs enfants en classe, les enseignants fuient les zones rurales, et les infrastructures scolaires se vident.


Une question se pose désormais avec gravité : Si un enfant n’est plus en sécurité dans sa salle de classe, que reste-t-il comme avenir au Nigeria ?


À l’heure où les groupes armés gagnent du terrain et où la jeunesse est prise en otage, la stabilité du pays tout entier est en jeu.


Les réponses militaires seront insuffisantes tant que les causes profondes — pauvreté, absence d’État, chômage, circulation des armes — ne seront pas traitées.


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