
Le conflit soudanais connaît une nouvelle phase critique avec la prise d’Al-Tina par les Forces de soutien rapide et la fermeture de la frontière tchadienne. Alors que l’Union africaine tente de relancer un dialogue entre Hemetti et Abdel Fattah al-Burhan, la guerre dépasse désormais le cadre national. Avec près de 14 millions de déplacés et une instabilité croissante aux frontières, le Soudan s’impose comme un facteur majeur de recomposition sécuritaire au Sahel et dans la Corne de l’Afrique.
Cette tentative diplomatique intervient à un moment où les évolutions militaires sur le terrain modifient profondément les équilibres internes et régionaux.
Une recomposition militaire à l’ouest du Soudan
Face aux incursions répétées et à la porosité croissante de la frontière, le Tchad a décidé de fermer ses points de passage avec le Soudan, invoquant la nécessité de prévenir toute extension du conflit sur son territoire.
Cette décision illustre la crainte d’un effet domino dans une région déjà fragilisée par l’instabilité chronique au Sahel et en Libye.
Le risque d’une crise régionale majeure
Le conflit soudanais ne se limite plus à un affrontement interne pour le contrôle du pouvoir à Khartoum. Il redessine progressivement les équilibres sécuritaires du Sahel et de la Corne de l’Afrique. La militarisation accrue du Darfour, zone frontalière stratégique, expose les États voisins à des flux d’armes, de combattants et de réfugiés.
Le Tchad, déjà confronté à ses propres défis sécuritaires, redoute un débordement direct des hostilités. La République centrafricaine et la Libye, où opèrent divers groupes armés, constituent également des zones de vulnérabilité potentielle.
La médiation africaine nécessaire, mais fragilisée
Dans ce contexte, la médiation africaine apparaît à la fois nécessaire et fragilisée. L’Union africaine tente de relancer un cadre de dialogue inclusif, mais les rapports de force sur le terrain influencent directement les marges de manœuvre diplomatiques.
Tant que les parties estiment pouvoir améliorer leur position militaire, l’incitation à négocier demeure limitée.
La rencontre entre Yoweri Museveni et Hemetti illustre la volonté de certains acteurs africains de privilégier une solution continentale à la crise. Toutefois, l’absence de cessez-le-feu durable et la poursuite des combats autour des centres urbains stratégiques compliquent toute avancée significative.
Au-delà de la dimension politique, la situation humanitaire exerce une pression croissante sur les pays voisins et sur les agences internationales. Les camps de réfugiés au Tchad et au Soudan du Sud connaissent une saturation rapide, tandis que l’accès humanitaire reste entravé dans plusieurs zones sous contrôle militaire.
La question centrale demeure la suivante : la médiation peut-elle encore inverser la dynamique militaire, ou le conflit soudanais est-il en train de se transformer en crise régionale majeure ? À mesure que les lignes de front se déplacent vers les zones frontalières, le risque d’une régionalisation incontrôlée devient de plus en plus tangible.
Dans un environnement géopolitique déjà marqué par les recompositions au Sahel, les transitions politiques fragiles et les rivalités d’influence, le Soudan pourrait devenir un nouveau foyer structurant de l’instabilité régionale. La capacité des acteurs africains à imposer un cadre de négociation crédible et respecté constituera un facteur déterminant dans les semaines à venir.











